Chaque individu possède en lui la ressource de développer des histoires qui le rendront plus fort

Accompagnement des hommes et des femmes dans leur vie au travail :

  • Accompagnement individuel
  • Accompagnement d’équipes et de communautés

Accompagnement des jeunes dans leur parcours scolaire :

  • Orientation - Aller à la recherche de son projet
  • Confiance en soi - Gestion du stress

Formation Voyage de vie le 21 juin 2018 à Paris Publié le : 6 janvier 2018

voyage bernardFormation animée par Dina Scherrer

La métaphore du Voyage de Vie est un beau moyen d’aborder la vie comme un voyage. Et comme tous les voyages, il y a des chemins parcourus et des chemins encore à parcourir. Il y a les compagnons de route, les lieux que nous avons envie de visiter, les obstacles qui se sont mis sur notre chemin, les souvenirs que nous allons garder, les chansons qui nous ont accompagnés.

C’est une méthode très utile pour accompagner en individuel ou en collectif toutes formes de problématiques professionnelles, notamment la transition de vie et pour travailler avec les jeunes sur la confiance et l’orientation. C’est un moyen très efficace pour libérer l’expression et entrer de plain-pied dans les expériences de vie très rapidement. Chronologiquement, elles viennent toutes seules, toutes les histoires de vie, les belles et les moins belles. Mais quand on évoque les moins belles, c’est sous l’angle de : « comment les a-t-on surmontées, contournées, dépassées ? ». Quant aux belles expériences, elles vont nous renseigner sur les valeurs, les espoirs et le sens qu’elles ont pour les personnes. On remplit au fur et à mesure son Kit de survie qui regroupe tout ce que l’on a appris, développé en chemin et qui nous a aidés. De plus c’est dynamique ; la métaphore du Voyage de vie met les personnes en mouvement ce qui ajoute une notion de temporalité très intéressante.

Une fois le Kit de survie bien rempli, on peut se tourner vers le chemin à parcourir et voir ses rêves et projets devenir plus accessibles. On peut aussi anticiper les obstacles qui peuvent survenir en se sentant plus fort pour les surmonter.

Le Voyage de Vie permet également d’intégrer de multiples métaphores liées au voyage. Une mission d’accompagnement d’une personne, c’est déjà un voyage que l’on fait ensemble et qui nous amène d’un endroit à un autre, vers un désir, un objectif, ce qui est très naturel, pertinent et évident dès que l’on parle de voyage, de chemin. …Et puis, quand on voyage, on peut prendre plusieurs chemins : le chemin professionnel, le chemin scolaire, le chemin de vie.

Chaque participant réalisera son voyage de vie professionnelle et partira avec tous les moyens pour l’utiliser.

Formation le jeudi 21 juin 2018 de 9 h 30 à 17 h 30 – Forum 104 à Paris – 160 € TTC la journée – pour tous renseignements et inscription : Dina Scherrer au 07 16 45 06 59 ou scherrer.dina@yahoo.fr

Publié le : 6 janvier 2018 | 1 Commentaire | Partager/Mettre en favoris


Formation Arbre de vie le lundi 4 juin 2018 à Paris Publié le : 5 septembre 2017

Arbre de vie d'Estelle

Comment utiliser la métaphore de l’arbre pour faire émerger compétences et ressources ?
Atelier animé par Dina Scherrer

L’Arbre de vie est un outil de soutien psychosocial basé sur les Pratiques Narratives. C’est un outil qui utilise les différentes parties de l’arbre comme métaphore pour représenter les différents aspects de nos vies. L’utilisation des métaphores et de questions soigneusement formulées invite les personnes à raconter des histoires sur leurs vies de façon à les renforcer et augmente leur espoir dans l’avenir.
A l’issue de cet atelier sur l’arbre de vie, vous serez à même :
• D’utiliser l’Arbre de vie dans le cadre de vos accompagnements individuels ou d’équipes.
• De faire émerger compétences, ressources, qualités, valeurs de la personne et de les étoffer ainsi que d’identifier ses personnes ressources. Egalement faire des liens et donner du sens à son parcours pour permettre aux personnes de se projeter dans l’avenir.
• D’avoir à votre disposition un outil narratif efficace pour accompagner des publics difficiles comme des jeunes en difficulté, des équipes en souffrance. Outil également efficace pour accompagner la transition de vie, l’orientation, la remobilisation pour redonner du sens à son parcours.

Cet atelier se divise en 4 parties :
Après un topo sur L’historique de l’Arbre de vie : Comment a-t-il été créé ? Pour répondre à quels besoins ? Des exemples d’utilisation.
Présentation de la méthode d’utilisation et expérimentation : chaque participant réalise son arbre de vie et vit toutes les étapes de la méthode :
• Arbre de vie – Réaliser son arbre de vie – vivre les effets de cet outil sur nous pour pouvoir mieux l’utiliser avec nos clients. Aller chercher des informations à chaque partie de l’arbre – Les racines, le tronc, les branches, les feuilles, les fruits.

• Forêt de vie – pour le travail en groupe – comment utiliser la forêt de vie pour un travail de cohésion d’équipe – de gestion de conflit : comment on relie l’individu au groupe en travaillant sur son arbre devant le groupe. L’objectif étant de mieux se connaître professionnellement. Dans l’idée que plus on se connaît plus on s’apprécie et plus on partage ce que l’on a à partager ensemble. Le tout avec un protocole spécifique qui met le collaborateur dans un contexte de sécurité pour le faire.

• Club de vie – Concerne les feuilles de l’arbre. Les feuilles sont les alliés identifiés dans l’univers professionnel et qui vont constituer les personnes ressources, notre réseau. L’objectif étant de voir comment utiliser le club de vie pour sortir la personne de l’isolement qu’elle peut ressentir dans les périodes de difficultés.

• Tempête de vie – Dans les cas extrême de souffrance – Discussion métaphorique sur les malheurs qui peuvent arriver aux forêts et aux personnes. Mutualisation de ressources pour se défendre des malheurs. Un moyen d’échanger des messages sur la survie. Un moyen de recueillir directement auprès des personnes concernées des informations sur comment les tempêtes viennent dans leur vie professionnelle et comment s’en protéger.

Lieu : Forum 104 – 104, rue de Vaugirard à Paris
Horaires : 9 h 30 – 17 h 30
Tarif : 160 € TTC la journée

Pour tous renseignements : scherrer.dina@yahoo.fr – 06 16 45 06 59

Publié le : 5 septembre 2017 | 1 Commentaire | Partager/Mettre en favoris


Coaching narratif pour accompagner des jeunes en difficulté scolaire Publié le : 5 novembre 2016

Conférence de Dina Scherrer à Angers le 8 juin 2016 sur le thème : le coaching narratif pour accompagner des jeunes en difficulté scolaire

Publié le : 5 novembre 2016 | 1 Commentaire | Partager/Mettre en favoris


Perles de vie Publié le : 1 mai 2015

porte cleVers qui ou vers quoi revenir quand on a besoin de force

Quand le praticien narratif accompagne une personne et qu’une histoire préférée émerge, c’est-à-dire une histoire qui fait écho à ce que cette personne veut pour sa vie, il va s’efforcer de faire en sorte par tous les moyens que cette personne reste le plus possible reliée à cette histoire. Car rester connecté à l’histoire préférée peut s’avérer pour elle un redoutable défi au milieu des autres histoires qui lui font encore concurrence.
Une manière puissante d’y arriver consiste à trouver des témoins de ces histoires préférées ou bien des personnes qui ne seraient pas étonnées de ce qu’elles racontent ou encore qui apprécieraient ce qu’elles disent. En quelque sorte des témoins de l’histoire préférée.

Une fois ces témoins identifiés, il s’agit d’engager une conversation de re-membering (L’expression « re-membering » est un jeu de mot créé par Barbara Myeroff entre re-member : redevenir membre, et remember : se souvenir) afin que ces personnes ne soient pas seulement un nom, mais qu’elles s’incarnent un maximum. Celui ou celle que nous accompagnons se rend alors compte de l’importance de ces personnes dans sa vie mais également de l’importance qu’elle a dans la vie de ces personnes. En pratique narrative, on appelle l’ensemble de ces témoins de l’histoire préférée le « Club de vie ». C’est en quelque sorte son club de soutien.

Conversation de re-membering :
. Peux-tu me parler de cette personne ? Qui est-elle ? Qu’apprécies-tu particulièrement chez elle ?
. A ton avis, qu’est-ce que cette personne apprécie chez toi ?
. Est-ce que le fait de la connaître t’a permis de faire des choses que tu n’aurais pas faites si tu ne l’avais pas connue ?
. A ton avis, est-ce que le fait de te connaître tel que tu es, lui a permis de faire elle aussi des choses qu’elle n’aurait pas faites si elle ne t’avait pas connu ?
. Qu’est-ce que cela te fait de parler d’elle comme on vient de le faire ?
. Est-ce que te souvenir de ton lien avec cette personne pourrait t’aider quand tu en auras besoin à l’avenir ?

L’objectif, en honorant les personnes importantes pour celui ou celle que nous accompagnons, est multiple :
• Les personnes en difficulté peuvent se sentir parfois seules face à ce qu’elles vivent. Il s’agit de recréer du lien et sortir la personne de l’isolement.
• Une personne en prise avec des difficultés peut être déconnectée de ses compétences et de ses qualités. Il s’agit de trouver des témoins de celles-ci, des personnes qui l’ont vue audacieuse, patiente, avisée, etc. Se reconnecter avec ces témoins est important car ces témoins portent la mémoire de nos compétences le temps que nous-même retrouvions la mémoire.

J’ai pu constater qu’à chaque fois que j’aborde une conversation de re-membering avec un de mes clients, c’est un moment très fort pour lui. Il prend conscience que désormais il ne va plus être seul à lutter contre son histoire de problème, qu’il a une histoire avec cette personne, une histoire qui parle de forces, de valeurs, de compétences et de succès.

Trouver une personne qui va l’aider à aider son client est aussi un moment fort pour le praticien narratif. Notamment entre les séances, dans le quotidien de la personne. Car, si la dynamique de re-membering se met bien en route, le client se rappellera lui-même son lien avec les témoins de ses compétences et de ses qualités lorsqu’il en ressentira le besoin.

C’est à partir de cette idée que j’ai décidé d’utiliser les «Perles de vie»** afin que les personnes que j’accompagne puissent se souvenir plus facilement et au quotidien du lien qui les unit avec leurs personnes ressources ou leurs histoires préférées.

La première fois que j’ai utilisé les Perles de vie c’est pour une mission de conduite du changement en entreprise. J’accompagnais un groupe dont le point commun était de travailler dans la même entreprise depuis plus de vingt ans. L’entreprise changeait de main et de méthodes et cela générait de l’anxiété, du stress et des freins au sein du groupe.

Avant d’aborder le sujet du changement, j’ai proposé que chacun liste tous les moments précieux de sa vie professionnelle qu’il a vécu dans cette entreprise: les rencontres importantes, les évènements qui ont compté, etc. Une fois qu’ils eurent tous fait leur liste d’évènements, j’ai posé sur une table un grand panier de perles de tailles, de formes et de couleurs différentes. Je leur ai demandé de venir choisir une perle par évènement, de prendre bien le temps de penser à l’évènement en choisissant la perle afin que celle-ci lui soit à jamais associée. Ils se sont ainsi tous retrouvés avec une poignée de perles. Je leur ai alors donné du fil pour que chacun relie ses perles. Ils se sont retrouvés avec une sorte de collier représentant les moments importants qu’ils avaient vécus dans cette entreprise. Jusque-là, je les avais fait travailler individuellement. Est venu le temps du partage.

Nous étions assis en cercle et j’ai demandé à chacun de regarder le collier de son voisin et de l’interroger à partir d’une de ses perles: « Qu’est-ce que cette perle dit de toi et de ce qui est important pour toi ? » Sans raconter forcément l’histoire, la personne dit juste ce qu’elle veut partager. Ex. : « Cette perle parle d’amour, car j’ai rencontré ma femme dans cette entreprise ». Ou bien: « Cette perle parle d’harmonie, car c’est une des fois où j’ai réussi à régler un conflit majeur dans mon équipe ».

Ce fut un très bel instant de partage où l’on a honoré les beaux moments professionnels. Ces beaux moments ont été secourus et préservés par la seule force du souvenir. Ils pourront être activés plus facilement par ces perles que nous pouvons garder près de nous, toucher.

Une fois que ces moments précieux ont été célébrés et mis à l’abri, le changement a pu être abordé car les personnes se sentent moins seules et plus fortes face aux futurs défis du changement.

Depuis lors, j’ai souvent utilisé les Perles de vie, notamment cette année avec une classe de 4ème ASP (aide et soutien personnalisé). Ce sont des jeunes détectés comme en difficulté dans leur parcours scolaire et que l’on regroupe dans une classe adaptée à leurs difficultés. Le principe est bon, mais ces jeunes vivent mal le fait d’être à l’écart du système dit « normal ». Mon travail auprès d’eux concerne essentiellement l’estime de soi. Il s’agit qu’ils se construisent une histoire qui les rende plus forts et qu’ils redeviennent ainsi auteur de leur vie.

Vers la fin de ma mission, alors que chacun avait bien avancé sur le chemin de la confiance en soi, je leur ai proposé un exercice qui allait leur permettre de s’accrocher un peu plus à cette confiance retrouvée.

Je leur ai demandé de lister individuellement toutes les personnes importantes, celles qui ont une influence positive dans leur vie, dans toutes les communautés de leur vie: à la maison, à l’école, etc. Pour les aider, je leur ai dit « Vous savez: ces personnes qui, lorsqu’elles vous regardent, font que vous vous sentez plus forts ».

Chacun a ainsi constitué son club de soutien. Ensuite, j’avais prévu tout le matériel nécessaire afin qu’ils aient le choix de faire un collier, un bracelet, un porte-clés, etc. Le principe était le même que pour le groupe de cadres que j’ai évoqué plus haut: prendre le temps de bien choisir les perles en pensant aux personnes qu’on leur associe.

A la fin, j’ai invité chacun des jeunes à présenter au reste de la classe une de ses perles. J’ai demandé : « Est-ce que tu peux nous présenter une de tes perles, celle de ton choix ? Nous dire ce que tu veux sur elle ? » Et ensuite : « A ton avis, en quoi garder cette perle près toi, pourrait t’aider ? A quel moment pourrais-tu en avoir besoin ? Que pourrait-elle te donner comme espoir ? »

Ils avaient magnifiquement compris l’exercice et nous avons eu de très jolies histoires de perles : «Cette perle, c’est ma petite nièce. C’est la seule qui arrive à me redonner le sourire. Je pense que cela pourra m’aider de regarder cette perle quand je serais triste ». « Cette perle c’est ma professeur de français en 6ème. Elle m’aimait bien et moi aussi je l’aimais bien. Avec elle je n’avais pas de problème, j’y arrivais. Je pense que cela pourra m’aider au moment des contrôles, quand je panique, de penser à elle »….

Le professeur principal qui assistait à la séance et moi-même avons été très touchés de voir que certaines perles parlaient de nous. Et nous étions ravis à l’idée que l’aide que nous leur apportions allait, grâce aux perles, se poursuivre au-delà de notre mission.

Dina Scherrer

*Inspirées des traditions amérindiennes, notamment chez les Indiens Navajos où les colliers de perles ont une portée symbolique. Ils protègent, donnent de la force et du courage.
*Dédicace à mon amie et collègue Véronique Vittet et à nos conversations stimulantes. C’est lors d’une de nos conversations qu’est née pour moi l’idée des Perles de vie.

Publié le : 1 mai 2015 | Aucun Commentaire | Partager/Mettre en favoris


« Ben, moi, j’veux bien ! » ou comment être à l’affût des « fines traces ». Publié le : 1 février 2015

Alors que j’étais en séance de coaching dans un collège du 93 avec une classe de 4ème en grande difficulté scolaire, je me suis subitement retrouvée moi-même en difficulté. Je me demandais comment j’allais me sortir de cette situation, quand l’un des jeunes est venu à mon secours et m’a tirée de l’impasse. C’est souvent le cas en coaching: l’on aide une personne qui sans le savoir nous aide aussi.
Ils étaient vingt-cinq, âgés de 13 ans, qu’on avait regroupés dans une classe spécialement adaptée pour les accompagner dans leurs difficultés. Ma mission était principalement axée sur l’estime de soi. A chaque séance, ces jeunes sont plutôt contents de me voir, mais comme ils manquent de confiance en eux, ils ont du mal encore à s’exprimer publiquement. D’autre part, il y a des clans et peu de solidarité entre eux au sein de la classe, notamment entre filles et garçons. J’avais donc choisi ce jour-là un exercice qui les fassent à la fois gagner en confiance et qui leur permettent de se connaître mieux les uns les autres afin de s’apprécier davantage. J’avais décidé de leur faire réaliser leur «arbre de vie». La métaphore de l’arbre leur permettrait de parler d’eux-mêmes plus facilement. Toute la séance y serait consacrée.
Mais ce jour-là, en plus, était un jour particulier. Un représentant du rectorat avait souhaité voir comment se déroulait nos séances. Du coup, des professeurs y assistaient aussi. J’en avais prévenu les jeunes. Le moment venu, je leur ai distribué de grandes feuilles de papier et je leur ai demandé de dessiner chacun un arbre, puis de mettre des mots sur les diverses parties de l’arbre. Sur les racines, les mots devraient être la réponse aux questions: « D’où je viens ? », « Qu’est-ce qui me caractérise, qui fait ce que je suis » – mes origines, mon éducation, mes particularités, mes passions. Sur le tronc, les mots répondraient à: « Qu’est-ce qui fait que, quoi qu’il arrive, mon arbre reste droit ? » – mes qualités, mes valeurs, mes ressources, ce que j’aime faire, ce que l’on me reconnait de bien. Sur les branches, il s’agissait d’exprimer « Quels sont les projets, les rêves et les espoirs que j’ai pour ma vie ? ». Enfin, les feuilles correspondraient à: « Quels sont les gens qui me rendent heureux, qui croient en moi, que je suis content de connaître ? ».
Ils travaillaient donc tous ensemble, mais chacun réalisait son propre arbre. Quand ils eurent terminé, nous avons affiché toutes leurs feuilles aux murs de la classe. C’était «la forêt de vie» de la classe. Jusque là tout allait à peu près bien, même si se trouver des qualités leur avait été un peu difficile. J’avais dû solliciter leurs professeurs pour qu’ils leur soufflent quelques qualités qu’ils reconnaissaient en eux. Je les ai invités ensuite à présenter chacun leur arbre aux autres afin de se découvrir davantage et de faire rayonner au niveau collectif ce qui est important pour eux. Et c’est là que le processus s’est enrayé: aucun des jeunes ne voulait présenter son arbre publiquement. Il me restait une bonne heure de séance et c’était la panne! J’ai un peu insisté, précisant qu’ils n’étaient pas obligés de tout présenter, qu’ils pouvaient se limiter à ce qu’ils souhaitaient, que le seul objectif était de mieux se connaître, d’honorer les différences, d’apprécier les talents, les projets et les qualités de chacun… Rien n’y fit. Il y a eu un grand silence. Je ne pouvais m’empêcher de penser à la personne du rectorat qui devait se dire que «mon truc, ça ne marchait pas des masses»! Les professeurs commençaient à s’agacer du comportement des jeunes et je craignais qu’ils ne finissent par induire l’inverse de l’effet que je recherchais. Je me demandais comment éviter cela, quand, subitement, est parvenue à moi une petite voix, à peine un souffle! Ce fut comme une bouée au milieu de la mer! « Ben, moi, j’veux bien présenter mon arbre si vous voulez ».
C’était Teddy, l’un des jeunes les plus en difficulté de la classe. Timidement, Teddy a présenté son arbre. Cela a aussitôt transformé l’atmosphère. La pression est tombée et la dynamique de la classe a redémarré. Les autres jeunes ont trouvé l’envie de présenter eux aussi leur arbre. Au final, grâce à Teddy, ce fut une belle séance.
J’ai voulu honorer ce « Ben, moi, j’veux bien ». Avant de donner la parole aux autres, j’ai dit à Teddy : « Tu sais, quand tout à l’heure personne ne voulais présenter son arbre, je me suis sentie un peu mal. Je me suis dit que la personne du rectorat allait se dire que ça ne marchait pas tellement ce que nous faisions en coaching. Mais quand tu as dit: « Ben, moi, j’veux bien », je me suis sentie moins seule, je me suis sentie soutenue. Je voudrais te remercier pour cela. Comme je suis curieuse, j’aimerais bien que tu me dises pourquoi tu as dis « Ben, moi, j’veux bien » ? Qu’est-ce qui, chez toi, a permis cela ?»
Teddy a répondu: « Mais, M’dame, vous faisiez pitié! » Alors j’ai demandé à Teddy: « Qu’est-ce que cela dit de toi que tu aies eu pitié de moi ? » Teddy m’a répondu « Ben, j’sais pas, vous venez pour nous aider, ça s’fait pas, c’est tout ».
Alors je me suis tournée vers les autres jeunes et je leur ai demandé : « Qu’est ce que ça nous dit de Teddy son: « Ben, moi, j’veux bien » ? Ils ont tous répondu « Il est courageux», «Il a du cœur», «C’est un mec bien», «Il montre le bon exemple»… Les professeurs ont dit qu’ils étaient à la fois étonnés et fiers de lui. J’ai demandé à Teddy ce que cela lui faisait d’entendre cela sur lui, ce qu’il avait entendu d’important pour lui. Il a retenu qu’il avait du cœur et ça lui faisait plaisir d’entendre cela. Je lui ai demandé: « A ton avis, de qui tu tiens ça, d’avoir du cœur ?» Il m’a répondu qu’il tenait cela de son éducatrice qui était très gentille avec lui et qui lui avait toujours dit qu’il fallait toujours venir en aide à ceux qui en avaient besoin. Il nous a raconté d’autres histoires où il avait eu du cœur. Notamment, une fois, il avait sauvé une personne qui allait se faire écraser en la poussant sur le côté. Cette séance a contribué à redonner confiance à Teddy et à changer le regard des autres sur lui.
Ce « Ben, moi, j’veux bien », c’est ce que l’on appelle en narrative «une fine trace». Une fine trace, ce n’est pas quelque chose qui est là en quantité infinitésimale, c’est le signe discret de quelque chose de bien caché mais qui ne demande qu’à être reconnu et à se fortifier. Derrière le «Ben, moi, j’veux bien» de Teddy, il y avait une très belle histoire de compétences et de valeurs qui révélaient une facette de son identité. Une facette qui vient contredire tout ce que l’on peut entendre en général sur ce jeune, du genre «Il ne fait rien, il ne s’intéresse à rien, il ne participe jamais, etc.»
Etre praticien narratif, c’est être attentif à ces fines traces, les relever, les étoffer. Un des moyens que j’ai trouvé pour ne pas passer à côté d’elles, c’est d’être attentive à mes émotions. Quand je suis émue par un jeune, je me dis qu’il y a quelque chose qui se joue et qu’il faut que j’explore. Quand Teddy a dit: « Ben, moi, j’veux bien », j’ai été bouleversée car je sentais qu’il voulait davantage m’aider que présenter son arbre.
Etre praticien narratif, c’est avoir une double écoute. C’est-à-dire entendre ce que le jeune dit et ce qu’il ne dit pas… qui permet de percevoir ce moment souvent infiniment fugace où une âme a décidé de se livrer, et c’‘est avoir la réactivité de donner à voir ce que celle-ci révèle alors de précieux.

Dina Scherrer

Publié le : 1 février 2015 | 4 commentaires | Partager/Mettre en favoris