Chaque individu possède en lui la ressource de développer des histoires qui le rendront plus fort

Accompagnement des hommes et des femmes dans leur vie au travail :

  • Accompagnement individuel
  • Accompagnement d’équipes et de communautés

Accompagnement des jeunes dans leur parcours scolaire :

  • Orientation - Aller à la recherche de son projet
  • Confiance en soi - Gestion du stress

Dire « bonjour à nouveau » Une nouvelle approche du deuil Publié le : 8 novembre 2014

Michael White

Et si, plutôt que de chercher à oublier nos disparus, nous leur disions « bonjour à nouveau » ? C’est l’invitation de Michael White, convoquant le souvenir.

Ci-dessous un très bel article publié dans le magazine La Vie du 23 octobre qui s’intéresse et rend hommage au travail entre autre de Michael White sur le concept de « Dire bonjour à nouveau ». Merci à Etienne Séguier, Journaliste à la Vie de m’avoir autorisée à publier son article.

Oublier et tourner la page plutôt que de ressasser des souvenirs … le travail de deuil prend du temps. Parfois même, certains n’arrivent pas à aller de l’avant, tourner la page. Et si plutôt que de chercher à ne plus penser à eux nous essayions de leur « dire bonjour à nouveau » ? C’est l’étonnante proposition formulée par le thérapeute australien Michael White qui utilise le souvenir comme outil thérapeutique.

Mary avait 43 ans lorsqu’elle a consulté Michael White, un thérapeute australien pour la première fois. Six ans auparavant, elle avait perdu son mari décédé d’une crise cardiaque. Jusqu’alors, ils avaient entretenu une belle complicité aimante. Après ce drame, elle avait sollicité des psychologues pour l’aider à accepter cette mort, mais sans y parvenir. Au cours de l’entretien, elle a expliqué qu’elle pensait être incapable de « dire au revoir » à son mari. Michael White l’a alors surprise avec cette hypothèse surprenante : n’aurait-elle pas au contraire trop bien exprimé un « au revoir ». Après un moment de silence, Mary s’est dite intéressée par cette approche. Michael White lui a alors proposé de faire l’expérience de « dire bonjour à nouveau » à son conjoint disparu, en renouant avec leurs souvenirs communs.
C’est à cette occasion que cette démarche a été expérimentée pour la première fois par le thérapeute. Mary a commencé à sangloter doucement. Puis elle a répondu qu’il était « enterré trop profond » dans sa mémoire mais que cela pourrait l’aider de le « déterrer un peu ». Michael White lui a posé plusieurs questions pour « redire bonjour » à son mari et se relier aux regards positifs qu’il nourrissait à son égard. (voir question plus bas). Selon cette approche, il ne s’agit pas de se remémorer les qualités du défunts, mais de percevoir comment ce qui dans notre relation avec lui nous a construit. Durant les deux entretiens suivants, Mary a partagé des redécouvertes qu’elle faisait sur elle-même et sur la vie. Lors du suivi, douze mois plus tard, Mary a confié : « C’est étrange, mais quand j’ai découvert que je n’étais pas obligée de me séparer de mon mari, il a moins envahi mes pensées, et ma vie est devenue plus riche ».

Présenté en 1988 en Australie, cette façon d’accompagner les personnes en deuil est désormais pratiquée aux États-Unis, et plus récemment en Europe, par les psychologues et les coachs, formés à ce que l’on appelle « la pratique narrative ». Cette technique identifie les histoires de notre vie en distinguant celles qui pèsent sur nous et celles qui nous dynamisent. « Se dire bonjour » à nouveau s’adresse en priorité à des patients diagnostiqués comme souffrant d’un « deuil pathologique ». Toute leur existence est organisée autour du proche disparu. Souvent, ces personnes cherchent réellement à effectuer le travail de deuil. « Mais du coup, elles appuient là où cela fait mal, ce manque de la présence physique des personnes, explique Dina Scherrer, coach et formatrice en pratique narrative. À l’inverse, en disant « bonjour à nouveau » à une personne disparue, le proche vivant se donne la permission de commencer une autre forme de relation avec le défunt. » Curieusement, cette démarche permet à l’être décédé de ne plus occuper toute la place, sans pour autant disparaître de l’existence de la personne encore vivante. « Se regarder par les yeux de celui qui est parti permet de reconstruire une identité blessée par le décès. Notre identité se tisse à travers la relation aux autres, précise Dina Scherrer. Lorsqu’on perd un proche, c’est comme si une partie de notre identité partait avec lui. La mort fige cette histoire et elle ne peut continuer à évoluer que si l’on conserve une forme de relation avec la personne qui est partie. »

Béatrice Cameron, psychologue et coach s’est formée à la pratique narrative. C’est elle qui a traduit en français l’article dans laquelle Michael White présente cette façon de « dire bonjour à nouveau » (disponible sur le site : http://www.croisements-narratifs.fr/). « En cas de deuil, nous vivons deux types de perte, explique-t-elle. La première, irréversible, est celle de l’être physique. Mon parent, mon conjoint n’est plus là et je ne pourrais plus goûter à sa présence. La seconde, symbolique, désigne tout ce qui a été partagé avec cette personne. Le travail de deuil classique préconise de « tourner la page » en vivant non seulement la perte physique, mais aussi symbolique, en cherchant à ne plus penser à la personne. » L’approche de Michael White invite au contraire à traiter comme un héritage de plus les éléments heureux vécus ensemble en les réintégrant à notre existence. En anglais, se « dire bonjour à nouveau », s’exprime par le terme « remembering » avec le double sens de « se souvenir » mais aussi « refaire membre » (se réapproprier).

Alors oublier ou se souvenir, quelle solution privilégier ? Les praticiens de cette approche sont d’accord pour ne pas l’opposer avec le « travail de deuil » classique. Ce travail se décompose en cinq étapes qui ne sont pas forcément linéaire, ni systématique : le déni de la mort, la colère, le marchandage en faisant comme si la personne pouvait revivre, la dépression et enfin l’acceptation de la disparition. « Se dire bonjour à nouveau » ne prétend pas se substituer à ces réactions bien humaines. Il propose plutôt un accompagnement lorsque les vivants demeurent pris par la dépression, sans que l’acceptation arrive. « C’est comme si la personne était partie avec une valise, emportant la manière qu’elle avait de nous regarder au moment où cela allait bien. Et avec elle les compétences qu’elles nous reconnaissaient. Comme si nos qualités avaient disparu avec la personne », conclut Dina Scherer. Nous pouvons rouvrir de temps en temps la valise pour ré-endosser ces compétences et continuer d’avancer avec elle.

Comment Bernard a renoué avec sa mère
Bernard avait trente cinq ans quand il a consulté un coach pour des problèmes de confiance en soi. Il avait eu une enfance heureuse jusqu’à la mort de sa mère, à l’âge de onze ans. Après avoir travaillé à muscler l’estime de soi, sans évolution notable, son accompagnateur lui a demandé un jour ce qui aurait changé dans sa façon de se voir lui-même si sa mère n’était pas morte. Après un long silence, les larmes sont montées, mais il a tout de même voulu poursuivre l’entretien. Le coach lui a alors proposé de travailler autour de la question suivante : « sa mère disparue ne lui manquerait-elle pas depuis trop longtemps ? » Il parut à la fois surpris et intéressé. « Qu’est ce que votre mère voyait en vous quand elle vous regardait à travers son regard aimant ? » « Comment est-ce qu’elle savait ces choses-là à votre sujet ? Qu’est ce que vous pouvez voir maintenant en vous qui a été perdu pour vous pendant de nombreuses années ? ». Petit à petit, Bernard se remémora des bons souvenirs, retrouvant des regards et des propos bienveillants tenus par sa mère. Cette façon qu’elle avait d’apprécier son air malicieux, son inventivité pour résoudre des problèmes du quotidien, sa capacité à courir vite. Il a osé partager sur ces découvertes avec son épouse et un de ses collègues. Il a moins cherché l’approbation de son entourage et à s’évertuer à être un autre. Sa mère disparue trop tôt a repris une juste place. Et lorsqu’il en a besoin, il se remémore à nouveau ses bons moments qui l’ont aidés à grandir jusqu’à ses onze ans et qui le soutienne encore lui-même devenu père de famille à son tour.

Les questions pour redire bonjour à nouveau
Dans l’article présentant son approche, Michael White a présenté les questions qu’il avait posé à Mary. Voici la trame de ces questions qui aident à renouer avec ses proches disparus. Nous les avons librement adaptées afin de les rendre plus claires pour un public francophone. Au delà du nouveau regard qu’elle permette d’acquérir sur soi, il est bon de prendre aussi le temps d’accueillir l’émotion qui se présente. Ce questionnaire peut favoriser un travail personnel, mais il ne saurait remplacer un accompagnement dans les cas de deuil particulièrement douloureux à vivre.
– Si vous vous voyez à travers les yeux de votre proche disparu, qu’est-ce que vous remarquez en vous que vous pourriez apprécier ?
– Qu’est ce que vous découvrez de vous-même quand vous prenez conscience de ce que ce proche appréciait en vous ?
– En quoi avez vous contribué à embellir son existence ?
– Qu’est ce que cela change si vous pouvez maintenant aimer ces qualités présentes en vous ?
– Habité par ces qualités, quel pas pourriez vous accomplir pour revenir à la vie ?
– Comment cette prise de conscience vous rend davantage capable d’intervenir dans votre propre quotidien ?
– En accomplissant ce nouveau pas, que pourriez-vous découvrir de nouveau sur vous-même ?

Accompagnement d’une classe endeuillée
Dina Scherrer, coach, a accompagné une classe de 3e Segpa (Section d’enseignement général et professionnel adapté) pour effectuer un travail sur l’estime de soi. Or, juste au moment de la rentrée, l’un d’entre eux, Foued, a été renversé par une voiture, en présence de deux camarades. Une Cellule psychologique a été mise en place pour faire face à ce deuil, mais les jeunes n’y sont pas allés. Avant de débuter l’accompagnement, Dina a rencontré chaque collègien en entretien individuel, mais ils n’ont pas parlé de Foued, là non plus. Durant les trois premiers rendez-vous, dans le cadre du travail sur l’estime de soi, silence encore, même si le nom de Foued était écrit sur tous les cahiers. Au cours de la quatrième rencontre, lors d’une simulation d’un rendez-vous pour obtenir un stage, une jeune fille s’est mise à pleurer en expliquant que leur ami aurait aimé effectuer cet exercice. « D’une certaine manière, j’ai l’impression qu’il y a un absent présent dans cette classe », s’est interrogé Dina et elle a proposé de consacrer la séance suivante à leur camarade, en présence des professeurs. La coach a invité chacun à partager les images qu’il gardait de lui. Puis elle a demandé ce qu’il a apporté à chacun dans leur vie, ce qu’il leur a appris et qu’ils allaient conserver. « Ce fut une séance extraordinaire où ils ont réintégré Foued dans leur vie et ils ont engagé une nouvelle relation avec lui», se souvient Dina. Ce garçon était un sacré numéro : il avait fait quelques bêtises et plein de belles choses. Les professeurs ont aussi raconté ce qu’il leur avait donné. Les adolescents ont été touchés par ce regard positif venant de témoins extérieurs. A l’issue de cette rencontre, deux élèves rappeurs ont écrit une chanson et ils ont interprété leur création devant l’ensemble du collège. En redisant bonjour à nouveau à leur ami, les élèves de sa classe ont permis que leur vécu avec Foued se poursuive d’une façon différente.
A lire : Echec scolaire, une autre histoire possible. Le coaching au service des jeunes en difficulté, de Dina Scherrer, Chez « L’harmattan ».

Une approche inventée par un Australien
Cette démarche a été formulée par le thérapeute australien, Michael White, (1949 – 2008) Elle cherche à repérer comment les histoires (familiale, professionnelle, tribale) nous façonnent, en dégageant celles qui nous dominent et limitent notre existence et celles qui correspondent davantage à ce que l’on souhaite vivre vraiment. Cette approche intègre des travaux d’anthropologues, qui ont notamment observé les rites mis en place par les aborigènes, ainsi que l’action de travailleurs sociaux auprès de populations méprisées. Elle s’appuie aussi sur les recherches de sociologues, mais aussi de philosophes français comme Gilles Deleuze, Jacques Derrida, Michel Foucault, Gaston Bachelard, Paul Ricoeur, Pierre Bourdieu.

A lire :
Sur internet l’article de Michael White sur se dire bonjour à nouveau est lisible en français sur le site : http://www.croisements-narratifs.fr/ (rubrique traduction)
En livre
– « Qu’est-ce que l’approche narrative ? », Alice Morgan, Lulu.com. Une présentation claire et accessible, qui montre que cette démarche peut s’appliquer aussi à des séparations avec des personnes qui encore en vie, mais avec lesquelles nous ne sommes plus en relation.
– « Les approches collaboratives en thérapie », de Béatrice Dameron, Satas. Un livre pour comprendre notamment comment les personnes vivant des séparations peuvent être accompagnées en allant chercher leurs élans de vie à travers leur propre histoire.

Publié le : 8 novembre 2014 | Aucun Commentaire | Partager/Mettre en favoris


Qu’est-ce que l’Approche Narrative ? Publié le : 5 juillet 2014

Les origines

Les Pratiques Narratives ont vu le jour en Australie il y a maintenant presque trente ans. Michael White (1948-2008), thérapeute australien, et David Epston, thérapeute néo-zélandais, en sont les deux chefs de file. Leur introduction en France est très récente. C’est une approche qui vient avant tout de l’accompagnement collectif. Elle a été mise au point par des travailleurs sociaux qui, dans leur travail quotidien, étaient confrontés à des populations en proie à diverses dépendances, à l’inceste, au viol, à la pédophilie, ainsi qu’à des suicides. Ce n’est pas un hasard si cette approche est née en Australie. Ce continent a été l’objet d’une colonisation violente. La population d’origine y a été la victime d’un double génocide. La quasi-totalité des Aborigènes a été éliminée physiquement et, dans ce qui restait des communautés, la pratique systématique a été d’enlever les enfants à leur famille pour les placer chez des colons afin de les « assimiler ». Depuis lors, des problèmes dramatiques se sont développés au sein des communautés aborigènes, notamment l’alcoolisme, la violence, l’inceste. La déscolarisation fait aussi partie des maux de cette société et, comme on peut s’en douter, elle n’arrange rien. Des psychologues et thérapeutes blancs ont été sollicités. Parmi eux, Michael White, qui s’est démarqué par une posture originale. Il a dit aux Aborigènes : « On nous demande de vous aider à résoudre des problèmes que nous avons créés. C’est un peu compliqué pour nous. Nous ne connaissons rien à votre culture, à vos traditions. Donc, tout ce que nous pouvons faire pour vous aider est de vous demander de nous expliquer comment vous pensez le monde, et de rechercher dans votre culture et dans vos traditions, qui ont 50 000 ans, si par hasard il y a des solutions qui ont déjà été élaborées pour résoudre les problèmes de la communauté. » Pour moi, le fondement même des Pratiques Narratives est là, dans cette posture modeste que Michael White adopte face aux Aborigènes. C’est l’autre qui sait, qui est expert de sa vie. C’est l’autre, en nous parlant de ce qu’il vit, en répondant à notre invitation de nous aider à l’aider, qui va s’aider lui-même. Individu ou communauté, chacun possède en lui la ressource de développer les histoires qui le rendront plus fort.

Ce que sont les Pratiques Narratives pour moi

Les Pratiques Narratives, pour moi, sont à la fois une représentation de l’être humain, une éthique de la relation à l’autre et une méthode d’intervention. Une représentation de l’être humain Nous savons tous que les peuples se racontent des histoires qui forgent leur identité. Certaines de ces histoires sont directement constatables : dans les légendes qu’on se répétait ou qu’on chantait jadis, dans les textes qui structurent la vision du monde, ou, à l’époque moderne, dans les manuels utilisés dans les classes par les enseignants. Qu’est-ce qu’être hébreu, chrétien, musul-man, français, russe ou chinois, marxiste, néolibéral ou écologiste, sinon se raccorder à une histoire qui explique le monde et comment s’y comporter ? Que l’identité se tisse d’histoires n’est pas seulement vrai pour un peuple ou une communauté. Comme l’a montré, en France, Boris Cyrulnik, c’est tout aussi vrai pour les individus. Chacun d’entre nous, plus ou moins consciemment, se raconte des histoires et ces histoires ont une conséquence déterminante sur la façon dont il vivra les événements qui affecteront sa vie. Selon la narrative, il convient de parler d’histoires au pluriel. Les individus ou les communautés qui survivent à une épreuve inouïe ont parfois dû changer l’histoire qu’ils se racontaient. Mais une nouvelle histoire ne s’achète pas en magasin, comme un autre disque à mettre sur le lecteur. Une nouvelle histoire n’est vraiment nôtre que si elle se raccorde à notre intimité la plus profonde, que si elle se tisse de ce qui est déjà en nous. La représentation que nous propose donc la Narrative de l’être humain est celle d’un être « multi-histoires ». Il peut interpréter une « histoire dominante », de même qu’on interprète une partition musicale ou un rôle. Mais, en cas de besoin, il est capable, en fouillant dans ses expériences de vie, de constituer ou de faire ressurgir une nouvelle histoire qui sera vraiment sienne tout en lui offrant des choix et des stratégies plus pertinents. Vivre sa vie différemment, en accord avec ses valeurs et principes, est l’aboutissement de la démarche narrative. Une première conséquence de cette aptitude à produire des histoires différentes est que la personne peut être détachée du problème. Dans la représentation de l’être humain à laquelle nous invite la Narrative, il y a ce principe clé selon lequel « le problème est le problème, la personne est la personne, la personne n’est pas le problème ». On touche ici, déjà, à l’éthique dont la Narrative est porteuse. Une représentation, donc, de la personne comme étant « multi-histoires » mais avec, parmi ces histoires, un récit qui prend davantage d’importance que les autres, que nous appelons « l’histoire dominante ». Nous avons tous des histoires dominantes que nous faisons vivre dans les différentes étapes de notre vie. Elles se construisent à partir de ce qui se raconte et de ce qui se dit de nous dans nos milieux d’origine – famille, communauté locale ou professionnelle, école, etc. – et s’enrichissent de ce que nous vivons. Elles s’ancrent en nous au fil des années et finissent par prendre une place de plus en plus grande. Certaines de ces histoires peuvent nous aider à faire face à des situations difficiles. D’autres, inversement, peuvent nous empêcher d’avancer ou nous faire souffrir. Elles deviennent alors des « histoires dominantes à problèmes » et c’est souvent ce qui amène nos clients à venir nous voir. Quand un client vient nous voir, il nous raconte souvent une histoire dominante à problème, par exemple : « Je suis trop timide » ou « Je suis quelqu’un qui ne sait pas prendre de décision. » Il nous raconte son histoire comme si c’était à la fois la réalité et la fatalité. « Je suis comme cela », autrement dit : « Je suis né comme cela, je ne peux pas être autrement. » Pour nous la raconter, il va aller chercher spontanément dans ses expériences de vie tous les exemples qui renforcent sa croyance qu’il est « comme cela ». Tout le travail d’un accompagnement narratif va être d’écouter et d’accueillir cette « plainte » de notre client. J’entends « plainte » comme l’expression par une personne de sa souffrance, de son mal-être ou de son insatisfaction. Mais il ne s’agit pas seulement de l’écouter et de l’accueillir. Il s’agit de considérer cette plainte comme un hommage que cette personne rend à ses valeurs. Car un problème est un problème quand ce qui est important pour la personne est étouffé. Il s’agit donc d’abord de reconnecter celle-ci avec ce qui a de la valeur pour elle dans la vie. Son « histoire de problème » prendra alors pour elle des allures de résistance, sa manière à elle de rester fidèle à ce qui lui est important. Ensuite, il s’agit de faire prendre conscience à notre client que l’histoire qu’il raconte ne prend pas autant de place que cela dans sa vie et qu’il y a encore beaucoup d’espace pour d’autres histoires possibles pour lui. Des histoires d’exceptions à l’histoire jusque-là vécue comme dominante et problématique. L’inviter à aller puiser dans ses autres expériences de vie toutes les fois où le problème ne s’est pas manifesté, toutes les fois où il a eu de l’influence voire le dessus sur le problème. Avec les exceptions va naître au fur et à mesure des séances une nouvelle histoire, que nous appelons une « histoire préférée ». En prenant de l’ampleur, cette histoire préférée viendra contrebalancer l’histoire du problème qui du coup perdra de plus en plus de son pouvoir sur la personne. Une éthique de la relation à l’autre La narrative est une éthique car elle nous invite à avoir un regard positif sur tout être humain et à n’intervenir que dans le respect de sa responsabilité. Elle considère aussi que, si ce que nous appelons « l’individu » existe, il ne saurait en revanche se construire, identitairement, sans la société de ses semblables. Elle s’adresse donc certes à l’individu, mais à l’individu dans une communauté – de vie, de travail, etc. Jamais la personne et le problème ne sont confondus. Le regard du coach narratif est fondé principalement sur deux choses : – la foi inconditionnelle dans les potentialités de l’autre, quel que soit le visage qu’il nous présente ou l’histoire par laquelle il s’est fait – comme nous disons – « recruter »; – la foi dans sa capacité de liberté et de respon-sabilité par rapport aux histoires qui l’asservissent. Chacun d’entre nous est considéré comme ayant une aptitude inaliénable à orienter le cours de sa vie. Chaque être humain est à lui-même son propre espoir. Il ne s’agit donc pas, pour le coach narratif, d’être une sorte de directeur de conscience, d’enseigner les bons comportements ou d’orienter les choix de la personne, mais d’inviter la personne qui est en face de lui à visiter des ressources qu’elle a déjà à son insu pour produire de nouvelles solutions. Ce regard sur l’autre, prêt à accueillir, peut être facilité par des dispositions personnelles du coach, mais il n’est en aucun cas acquis et reste en permanence à cultiver et à entretenir. C’est l’effort éthique, parfois l’ascèse, propre au coaching narratif. Une méthode d’intervention La particularité de la méthode narrative est d’être un questionnement sur les récits. Par son questionnement, le coach fait émerger les récits qui structurent l’identité et les comportements de la personne. C’est une méthode d’intervention basée sur des conversations narratives. Derrière chaque question du coach narratif il y a une intention, celle d’aller chercher un certain type d’information. Il y a les conversations narratives « externalisantes » : elles s’appuient sur des questions qui ont pour intention de faire émerger l’histoire dominante et de détacher la personne du problème. Il y a les conversations de « re-autoring », avec des questions dont l’intention est d’aller chercher dans la vie des personnes tout ce qui est important pour elles : rêves, espoirs, croyances, engagements, afin de les aider à augmenter leur sentiment d’initiative et d’influence personnelles et, au final, afin de les rendre à nouveau auteur de leur vie. Qu’est-ce qu’il veut ? Quelle est son intention ? Les gens agissent toujours dans un objectif. Leur permettre de développer le plus d’histoires possible à partir de leurs intentions. La reine des questions étant : Qu’est-ce qui est vraiment important pour toi ?

Dina Scherrer

Publié le : 5 juillet 2014 | Aucun Commentaire | Partager/Mettre en favoris


Rendre leur savoir aux hommes et aux femmes dans les organisations Publié le : 25 décembre 2012

Une Caisse de Retraite Régionale m’a invitée il y a quelques semaines à animer un séminaire autour du thème « Comment gérer les situations délicates ».
Chaque année une journée de séminaire est organisée à l’intention de la centaine de cadres de direction de cette organisation autour d’un thème censé les aider dans leurs fonctions managériales.
La journée a commencé de manière conventionnelle par le discours du Président donnant la vision, les objectifs et les défis pour l’année à venir et a continué sous forme d’ateliers avec plusieurs intervenants.
Pour ma part, j’avais deux heures afin d’aborder le thème. Deux heures pour répondre à la question: « Comment gérer les situations délicates ? ». En acceptant ce défi, je me mettais moi-même dans la posture de devoir gérer une situation délicate, car je ne suis pas une spécialiste de la résolution des problèmes et je n’avais aucune réponse d’expert à la question posée.
Mais le DRH, que j’avais déjà rencontré autour d’une «journée découverte des Pratiques Narratives», souhaitait que j’aborde ce thème à la manière narrative. Quand je me suis retrouvée face au groupe, j’avais en face de moi des personnes qui visiblement attendaient que je leur dise comment faire dorénavant pour gérer les situations délicates. Avec moi, ils étaient mal tombés.
Je leur ai dit: « je suis votre formateur, mais c’est vous qui allez m’apprendre. Je comprends que cela peut être un peu déstabilisant pour certains d’entre vous, mais c’est comme cela que je vous propose d’avancer ».
Je leur ai donné comme consigne de se tourner vers leurs collègues, de constituer des groupe de quatre ou cinq personnes, au sein desquels chacun à tour de rôle raconterait une situation délicate récente qu’il ou elle avait réussi à bien gérer. Pas forcément une situation extraordinaire: cela pouvait être juste un coup de fil qu’on a enfin pu passer. Chacun termine son histoire en répondant à la question « Qu’est-ce qui m’a permis d’y arriver ? » et note sa réponse sur des post it, une chose – par exemple: patience, diplomatie… – par post it.
Ils sont revenus au bout de trois-quarts d’heure avec leurs post-it et nous en avons tapissé tout un mur.
Alors, j’ai pu leur présenter les Pratiques Narratives en trois points :
1. Ce sont les gens qui ont le savoir. La preuve ce mur constellé de post-it représentant leur savoir.
2. Le savoir est encodé dans des histoires. Si on ne raconte pas d’histoire, on n’a pas accès au savoir.
3. Ce qui va bien n’est jamais histoirisé. On histoirise plus facilement ce qui ne marche pas. D’où l’intérêt de se raconter des histoires de réussite.
Je leur ai dit: « C’est vous les experts des situations délicates. Et pourtant, quand on vous met dans un séminaire qui a pour titre « Comment gérer les situations délicates », on présuppose que vous ne savez pas le faire.
Je leur ai cité le philosophe Michel Foucault qui a beaucoup inspiré Michael White, l’initiateur des Pratiques Narratives. Michel Foucault a dit notamment : « Ce qui ralentit l’apprentissage, c’est quand on met des cloisons entre les gens. Quand les gens gardent ce qu’ils savent pour eux ».
La question maintenant :
– Qu’est-ce que vous voulez faire de ce savoir qui est un référentiel génial ?
Pour l’heure qui restait, nous avons décidé que chaque groupe irait se promener une dizaine de minutes devant les post-it pour voir la production des autres groupes et qu’ensuite il se remettraient ensemble quinze minutes pour discuter :
Qu’est-ce qu’il y a de commun entre toutes ces productions ?
Qu’est-ce qu’il y a de différent ?
Qu’est-ce que vous en tirez comme conclusion ?
Comment cela pourrait-il vous aider demain à aborder différemment ce genres de situations ?

Une personne de chaque groupe a été ensuite invitée à venir rapporter en grand groupe le fruit de leurs réflexions. C’était très riche et simple à mettre en place.
Les managers ont tous appréciés. Qu’on sollicite leurs savoirs et qu’ils puissent partager des histoires de réussites les avait dynamisés.

Rendre leur savoir aux personnes nécessite que le formateur mette de côté le sien. La posture du formateur narratif est une posture d’ignorant. Ignorant dans le sens que c’est l’autre qui sait, qui est expert de sa vie professionnelle.

Dina Scherrer

Publié le : 25 décembre 2012 | Aucun Commentaire | Partager/Mettre en favoris


Le regard pygmalion Publié le : 12 août 2012

Qui n’a pas un jour le souvenir d’avoir senti se poser sur lui ce regard aimant et bienveillant ? – Ce regard qui réchauffe le cÅ“ur. Ce regard plein d’espoir qui donne envie de se surpasser, qui donne confiance en soi et en l’avenir.

Ce regard qui sauve aussi parfois en venant contredire toutes les mauvaises histoires que l’on raconte ou que l’on se raconte sur nous.

Pour ma part, il y a eu ce regard d’amour inconditionnel que ma mère a toujours posé sur mes frères et sœurs et sur moi. Elle était un miroir formidable pour notre construction. Et nous aimions l’image que reflétait de nous ce miroir. Une image qui nous rendait forts et audacieux. Encourageant tous nos efforts, valorisant nos moindres petits pas dans la vie. Vantant nos mérites à tout son entourage. Nous n’avions de cesse que de vouloir l’épater, lui prouver qu’elle avait raison de croire en nous. Elle a une mémoire impressionnante concernant toutes nos réussites même dérisoires. Et elle sait très bien nous en nourrir quand il le faut. Aujourd’hui encore je me surprends, quand une jolie chose m’arrive, à m’en flatter auprès d’elle. En faisant cela, je sais que le souvenir de ma réussite sera bien gardé. Elle est en quelque sorte la gardienne de nos trésors.

Quand je suis contrariée ou triste, quand une de mes histoires dominantes à problème vient me visiter, il n’est pas rare que j’aille me réfugier à nouveau dans son regard. Je l’appelle, on parle de tout et de rien, souvent du temps qu’il fait, et cela suffit à me reconnecter avec mes histoires préférées.

Nous avons une histoire avec chacune des personnes que nous connaissons ou que nous avons connues. Certaines de ces personnes ont eu une influence positive dans notre vie. Ces personnes ont été les témoins de certaines de nos histoires de compétences. Elles nous ont vus oser des choses, gravir les échelons, prendre des risques, etc. Souvent, nos clients, en situation de stress, perdent de vue leurs compétences. Ils ne se sentent plus «capable de». D’où l’importance de les aider à faire revenir au premier plan les témoins qu’un jour «ils ont su faire».

En narrative, c’est ce que l’on appelle le Club de vie. Nous allons volontairement chercher des personnes qui ont une influence positive dans la vie de notre client, des personnes qui ne seraient pas étonnées qu’il soit capable d’atteindre son objectif. Quand j’accompagne une personne, aborder le club de vie est toujours une étape importante.

Je pense notamment à Hugo un jeune homme que j’ai accompagné récemment. Hugo a vingt ans. Il a eu une scolarité très chaotique, a redoublé deux fois et s’est retrouvé déscolarisé une année avant de passer son bac professionnel. Aujourd’hui, il aimerait bien travailler mais il a conscience qu’avec son bac pro en poche ce sera un peu plus facile pour lui. Seulement, il a une histoire tellement difficile avec l’école qu’il ne croit pas possible pour lui d’avoir ce bac. En venant me voir, son objectif est de trouver la force de faire cette dernière année d’étude pour aller le décrocher. Mon travail avec Hugo, dans un premier temps, a été d’écouter ses plaintes vis-à-vis de l’école et de l’aider à regagner en confiance en lui.

Il y a eu une étape décisive dans notre travail avec Hugo quand je lui ai demandé de se rappeler un professeur, dans toute sa scolarité, qui un jour a posé un regard bienveillant sur lui, qui a cru en lui. Hugo m’a tout d’abord répondu spontanément: aucun. J’ai un peu insisté en lui demandant de se souvenir de toutes les étapes de sa scolarité, et tout d’un coup, il m’a dit « Oui, il y a bien une maîtresse, quand j’étais en maternelle. Mais c’est trop loin tout ça ».
Je lui ai demandé de me parler de cette maîtresse. Il se souvenait précisément de tout. Son nom – Mme Martin – sa voix douce et gentille, ce qu’elle leur faisait faire. En me parlant d’elle, Hugo s’est illuminé. Je lui ai demandé : Qu’est-ce que Madame Martin a bien pu faire pour que tu gardes d’elle un si bon souvenir ? « Elle était gentille avec moi. Elle trouvait que je dessinais bien. Elle me le disait souvent ». «A ton avis, qu’est-ce qui faisait qu’elle était gentille avec toi ?» « Je ne sais pas. Je me souviens juste que j’étais toujours avec elle, à côté d’elle. Peut-être qu’elle me trouvait gentil aussi. Ma mère m’a dit que j’aimais bien aller à l’école en ce temps-là. Que j’aimais bien apprendre ».

Nous avons passé une séance entière à parler de Madame Martin. Je voulais tout savoir dans les moindres détails. J’avais dans l’idée que plus la description serait riche, plus Mme Martin s’incarnerait et deviendrait ressource pour Hugo.

A la fin de la séance, j’ai demandé à Hugo : Qu’est-ce que cela te fait de parler de Mme Martin comme on vient de le faire ? Qu’est-ce que le fait de te souvenir de ton lien avec Mme Martin te donne comme espoir pour cette dernière année d’étude ? Si tu pouvais te regarder avec les yeux de Mme Martin, quelle image aurais-tu de toi ? A ton avis, que te dirait Mme Martin sur ta capacité à avoir le bac ? Est-ce que tu penses que de penser à Mme Martin quand ce sera trop dur pour toi pourrait t’aider ?

La confiance d’Hugo est montée en flèche pendant cette séance. En se reconnectant à Mme Martin, il est sorti de son isolement. Il avait remis en pleine lumière une personne qui a compté positivement pour lui dans son parcours scolaire, une personne qui porte la mémoire d’une partie de ses compétences. En se reconnectant à elle, il s’est reconnecté à une autre histoire que celle de l’échec.

Découvrir qu’un jour il a aimé apprendre est une exception face à son histoire de mauvais élève. Quand une première exception émerge, d’autres deviennent plus facilement accessibles. Une exception est une exception mais deux exceptions c’est le début d’une nouvelle histoire.

Redonner de l’importance à toutes les personnes qui contribuent ou ont contribué positivement à notre vie est un magnifique moyen pour aller à la rencontre des exceptions, de celles qui finissent par déstabiliser nos histoires de problème jusqu’à retrouver l’espoir.

Dina Scherrer

Publié le : 12 août 2012 | Aucun Commentaire | Partager/Mettre en favoris


Le théâtre d’externalisation ou comment en savoir plus sur « Absentéisme » Publié le : 24 juin 2012

Je viens de terminer une mission auprès de 3 classes de Seconde dans un lycée professionnel de la banlieue parisienne. L’objectif : lutter contre l’absentéisme important dans ce lycée.

En effet, certains jeunes se retrouvent en première année Bac Pro dans un lycée et une filière qu’ils n’ont absolument pas choisis. Souvent le résultat d’une scolarité chaotique. L’orientation subie aboutit la plupart du temps à une grande démotivation du jeune qui a pour effet le décrochage scolaire, l’absentéisme et parfois la délinquance.

Nous avions prévu 7 séances, une séance par mois. Les premières séances ont été consacrées à créer l’alliance, écouter leurs plaintes, faire émerger leurs histoires préférées.

Ce n’est qu’à la quatrième séance que nous avons commencé à parler de l’Absentéisme. J’ai proposé une méthode d’externalisation théâtrale en m’inspirant du travail de Kathy Cronin-Lampe (conversation avec Dak – article paru dans Errances Narratives – octobre 2011).

J’ai demandé aux jeunes s’ils accepteraient de participer à une expérience qui consisterait à constituer un groupe unique dans le but de travailler ensemble sur le sujet de l’Absentéisme. Je leur ai expliqué que je désirais tenter avec eux une nouvelle manière de parler des problèmes, et que j’aimerais faire une vidéo qui pourrait être utilisée à des fins d’éducation et d’information. Une vidéo qui pourrait aider d’autres jeunes confrontés à ce problème. Les jeunes ont tout de suite acceptés et semblaient contents que leur travail soit diffusé sur une vidéo et présenté ensuite aux autres classes, aux professeurs.
Pour chaque classe, j’ai demandé deux ou trois volontaires pour jouer le rôle de « Absentéisme ». Ils se sont assis face au groupe et j’ai posé le cadre. Je leur ai dit « c’est comme si Absentéisme était un personnage, vous allez incarner ce personnage et nous, nous allons poser des questions à Absentéisme pour en savoir un peu plus sur lui, ses pratiques, sur comment il s’y prend pour recruter les jeunes ».
J’ai proposé au groupe de poser toutes les questions qu’il souhaitait. J’avais préparé de mon côté une liste des questions dans laquelle les jeunes pouvaient puiser de l’inspiration.
Nos questions :
« Comment t’appelles-tu ? A quoi tu sers ? A ton avis pourquoi les jeunes te laisse entrer dans leur vie ? Pourquoi avoir choisi le lycée X ? Est-ce que le Lycée X est le seul lycée que tu côtoies ? Qui t’a inventé ? D’où viens-tu ? Que veux-tu pour les jeunes qui t’utilisent ? Quels sont tes rêves ? Quelle influence souhaites-tu exercer sur les jeunes ? Comment les jeunes ont-ils entendu parler de toi la première fois ? Qui convainc les jeunes de commencer à te fréquenter ?
Comment se sentent la plupart des jeunes après leur première expérience de toi ? Pourquoi les gens reviennent-ils vers toi ? Explique-nous les risques que les jeunes prennent lorsqu’ils t’invitent dans leur vie ? Quelle est ta réputation auprès des jeunes ? Qu’est-ce qui te rend si puissant ? Quelles sont les ruses que tu utilises pour que les jeunes s’imaginent que tu es « cool » ? A ton avis, qu’est-ce qui fait que certains jeunes te laissent entrer dans leur vie ? Dans quel contexte tu t’épanouis le mieux ? Quels sont tes intentions pour la vie des jeunes ? Quelle utilité tu as pour la vie des jeunes ? Qu’est-ce que les jeunes ont du mal à faire en ta présence ? Quels sont tes effets sur les relations avec l’entourage des jeunes ? Est-ce qu’il y a des personnes qui arrivent à t’affaiblir ? Est-ce que tu te trouve juste ? Comment serait la vie des jeunes sans toi ? Comment tu t’y prends pour arriver à t’imposer même quand tu n’es pas le bienvenu ? Est-ce qu’il y a des personnes qui ont favorisé ton activité dans la vie des jeunes ? En présence de qui tu n’apparais jamais ? Qu’est-ce qui te rendrait la tâche plus facile? Qui pourrait le mieux nous parler de toi? Comment pourrais-tu voir qu’un jeune te résiste? Si tu étais une maladie, comment pourrait-on te soigner ? Qu’est-ce qui pourrait te désespérer? Est-ce que le milieu scolaire est le seul milieu que tu côtoies ? Qu’est-ce qui pourrait t’empêcher de prendre autant de place ? Quels sont tes amis, tes ennemis? Y-a-t-il des fois où les jeunes ne te laisses pas entrer dans leur vie ? Raconte-moi une histoire où tu as été écartée de la vie d’un jeune ? Qu’est-ce que cela dit qu’un jeune ait réussi à te résister ? Qu’est-ce que cela dit de ce qui est important pour lui ? »

Leurs réponses :
« Je suis le diable. Je sers à foutre en l’air votre avenir, à faire le plus de clochards demain. Tout ce qui te fait kiffer, l’Absentéisme va être là pour que tu le fasses. Mon rêve est d’attirer tous les jeunes avec moi. Les jeunes me laissent entrer dans leur vie car ils n’aiment pas l’école, ils ont des problèmes. Si on n’était pas là, la vie des jeunes serait bien, ils seraient tous au boulot, tout le monde serait attentif, ils auraient tous leur bac. Je me trouve juste avec les élèves qui sont perdus, c’est sûr qu’ils n’ont pas d’avenir. On n’est pas juste avec ceux qui veulent travailler, qui ont envie de réussir. Quand ils nous fréquentent ils sont moins fatigués, c’est pour faire quelque chose, ce n’est pas pour rien. Nos ennemis sont les profs, vous, les CPE, l’école, la famille, le réveil. Nos amis c’est la merde, tout ce qui a dehors, le sommeil, la fatigue, le PC, la télé. C’est le jeune qui m’a inventé car si il veut de moi je suis là, si il ne veut pas de moi je ne suis pas là. On nait avec et ça dépend si ca se développe ou pas. Pour convaincre les jeunes on leur dit vient avec moi, fais pas le bâtard, la dernière fois je suis venu, c’est à toi de venir. Ceux qui peuvent le mieux parler de nous sont ceux qui ont des problèmes, ceux qui se sont fait virer de l’école, les sécheurs, Sarkozy. Je n’apparais jamais en présence des parents, devant les trucs que j’aime. Nos ruses c’est quand il y a un jeune qui dit aux autres que le professeur est pas là alors qu’il est là et c’est toute la classe qui est absente. Si j’étais une couleur je serais noire car obscure. L’antidote serait de travailler, car quand on travaille on touche de l’argent on résiste à Absentéisme. C’est les sous le remède. Une histoire où un jeune a réussi à nous résister : Jérôme, quand il était au collège on arrivait à l’avoir mais quand il est arrivé au lycée il ne voulait plus entendre parler de nous car il disait que les matières professionnelles l’intéressaient mieux et il voulait avoir son bac pro alors il s’est accroché. Mais il n’était pas respecté dans la classe et se faisait embêter par les autres. C’est possible d’arrêter de nous fréquenter mais on ne peut pas arrêter d’un seul coup, il faut y aller progressivement comme la cigarette. Manquer de moins en moins. »
Leur faire expérimenter le statut d’expert. A la suite de ces séances, nous avons fait un montage vidéo. Dans un premier temps, j’ai montré le film aux jeunes concernés et nous avons fait un travail de réflexion autour de leurs réponses. Ce qu’ils ont appris, ce qu’ils retiennent et qui va les aider, ce qu’ils sentent de mettre en place…
Contribution à la vie des autres. Dans un deuxième temps, je leur ai demandé ce que nous pourrions faire de cette vidéo et de leurs idées et réflexions sur le sujet. A qui ils auraient envie de montrer cette vidéo. A qui ce serait utile de montrer cette vidéo…
Nous avons donc décidé d’organiser une séance où ont été invités le Proviseur du lycée, les professeurs, CPE, une responsable du rectorat, d’autres élèves et nous avons montré la vidéo et communiqué les idées et réflexions du groupe. Nous avons fait résonner les invités. Ce qu’ils retiennent, l’image que cela leur donne des jeunes qui sont concernés, ce qu’ils ont appris et qui va les aider….
Notamment un des points qui a été évoqué est que ceux qui résistent à « Absentéisme » dans une classe, ne sont pas toujours respectés par les autres. Une discussion s’est donc lancée sur comment respecter ceux qui résistent ? Valoriser ceux qui résistent en faisant émerger tout ce qu’ils ont du mettre en place pour éloigner « Absentéisme » de leur vie. Ce que cela dit d’eux et de ce qui est important pour eux.
Faire de nos clients les porte-parole d’un problème social. Les jeunes ont pu s’exprimer, montrer qu’ils étaient les mieux placés pour parler de ce sujet qui les concernent directement. Ils savent parfaitement comment « Absentéisme » vient dans leur vie et comment s’en protéger si nécessaire. Le fait de partager leur expérience, leur savoir, va pouvoir aider d’autres jeunes qui luttent également contre « Absentéisme ».

Publié le : 24 juin 2012 | Aucun Commentaire | Partager/Mettre en favoris