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Le merveilleux jaillit toujours du quotidien Publié le : 1 novembre 2018

pissenlit
Plus j’avance dans la vie et plus je suis sensible à la beauté des choses du quotidien. Car la beauté répare, soigne.
Quand je parle de beauté, je ne parle pas forcément (ou pas que) de la beauté esthétique, je parle aussi et surtout de la poésie des personnes et des évènements du quoditien. J’ai remarqué qu’avoir cette capacité à voir le beau, l’étonnant, la poésie autour de soi ressource énormément, comme les fines traces à entendre dans une conversation narrative pour une histoire alternative. On peut aussi voir des moments alternatifs dans des moments pas toujours agréables que nous sommes amenés à vivre. Pour cela, il faut avoir cette disponibilité pour observer autour de soi, à travers un geste, un regard, une attitude, une humanité que l’on ne soupçonnait pas forcément.

La vie moderne ne nous invite pas toujours à cela. On sort de chez soi en pensant à notre journée de travail, à ce qui est notre actualité du moment avec les enfants ou autres. C’est sûr que dans le métro, aux heures de pointe, il peut paraître difficile de voir autre chose que l’enfer d’être compressé face à des personnes que l’on ne connait pas et qui ne sont pas toujours aimables ni souriantes, mais j’ai pu remarquer que, même dans ces situations-là et si je le souhaite, c’est-à-dire si je me mets en disponibilité pour cela, je peux avoir la belle surprise de voir aussi autre chose comme un sourire, une politesse, un trait d’humour.
Je m’amuse parfois dans des situations improbables à me mettre au défi de voir autre chose que la triste réalité qui s’impose à moi et si j’y arrive, cela change complètement mon énergie et la couleur du moment. Cela rend la vie plus douce ; cela peut rendre acceptables certains moments difficiles de la vie quotidienne ; cela réconcilie avec le genre humain si nécessaire ; cela évite de se laisser recruter par des histoires qui se racontent comme : « y’a trop d’insécurité, pas assez de solidarité… les gens font toujours la gueule… y’a trop de violence de nos jours, pas d’avenir pour nos enfants… » Je ne me dis pas que ce n’est pas vrai, je ME dis qu’il n’y a pas que cela.
Je pourrais vous raconter des tonnes d’histoires où voir la beauté m’a permis de relativiser et de rester du côté de la vie. J’ai réalisé récemment que je devais cette prédisposition à ma mère qui disait toujours à mes frères et sœurs et à moi « Réjouissez-vous… ». Un paysage, une situation, l’odeur du bon pain, du linge qui sèche au grand air. Ma mère s’émerveillait de tout et nous invitait à nous réjouir de ces moments tout simples du quotidien.
La beauté a plusieurs façons de venir à nous, comme cette fois où elle a pris la forme d’un « petit coucou ».
Il y a des journées comme cela qui ne démarrent pas toujours bien. On commence par se lever du mauvais pied. Ensuite on se retrouve face à un groupe à accompagner qui nous donne du fil à retordre et où on a la désagréable impression de ne pas avoir assuré comme on l’aurait voulu. C’est après ce type de journée que je me suis retrouvée une fois à rouler dans Paris en voiture, pressée de rentrer chez moi et d’oublier cette journée.
Je suis sur un grand boulevard, il y a pas mal de circulation quand soudain, à un feu qui est au vert pour moi, une femme s’engage sur le passage clouté d’un pas décidé sans un regard sur la circulation, m’obligeant à freiner brutalement ainsi que les autres voitures derrière moi. Elle a une poussette avec un bébé devant et un autre enfant de 5 ou 6 ans qui suit derrière.
Je regarde, énervée, cette femme traverser devant moi. Je me demande ce qui m’agace autant. Est-ce le fait que je ne la trouve pas très prudente pour elle et ses enfants ou bien est-ce sa désinvolture et cet air de se foutre de ce qui l’entoure ? Ou bien, tout simplement, j’ai eu peur de ne pas pouvoir m’arrêter à temps.
Une fois que la petite famille eut dépassé ma voiture, les voitures derrière moi klaxonnèrent pour que je redémarre au plus vite avant que le feu ne se mette au rouge, mais j’attendais qu’ils terminent de traverser entièrement. Il faut dire qu’en plus, la petite famille prenait tout son temps. Et, alors que le petit garçon qui suivait arrivait enfin sur l’autre rive et que je m’apprêtais à redémarrer, contre toute attente, ce petit garçon s’est retourné vers moi, m’a souri et m’a fait un petit signe de la main, un petit coucou.
Ce « petit coucou » m’a bouleversée car il a balayé d’un seul coup tout mon agacement de la situation et de la journée et a totalement illuminé le reste de ma journée. Le « petit coucou » d’un enfant de 5 ans avait le pouvoir de réparer en quelques secondes une journée mal engagée et l’humeur maussade qui allait avec.
Le défi est d’arriver à voir ce « petit coucou » et, si on y arrive, voir aussi la poésie qu’il y a derrière. Car on peut voir ce geste et ne rien ressentir. Pour ma part, si on ne ressent rien, c’est qu’on ne l’a pas vraiment vu, c’est que l’on est encore trop pris dans l’autre histoire, on n’est pas en disponibilité car trop centrés sur nous-mêmes.
Se mettre en disponibilité, c’est un acte conscient, c’est s’oublier un peu pour aller à la rencontre des autres. Dans cette histoire, je me suis mise en disponibilité au moment où j’ai refusé de redémarrer ma voiture trop vite. J’ai donné ma priorité à cette famille qui traversait. J’ai suivi du regard cet enfant et j’étais vraiment avec eux un moment. Et c’est en allant à la rencontre de l’autre que l’on crée cet espace pour que ce moment magique puisse exister.
Ce « petit coucou » illustre bien l’importance dans notre vie quotidienne d’être attentif à chaque évènement de notre vie, s’y arrêter un peu et voir tout ce que cela recèle, honore et peut produire. Ce « petit coucou » venait contredire l’histoire que je me racontais et qui m’agaçait du style : cette femme traverse sans nous voir, elle n’en a rien à faire de nous, tout comme ce groupe que j’accompagnais ce jour-là et qui me semblait insensible à ce que je proposais, etc. Ce petit garçon, en me faisant « coucou », me disait d’une certaine manière « je t’ai vue, merci » et me redonnait par là même mon sentiment d’exister. Voir le « beau » de cet évènement somme toute banal, c’est rendre le banal exceptionnel.
Comme cette fois où j’ai dû prendre le train pour aller accompagner une équipe en souffrance. Une grande restructuration avait été organisée dans cette entreprise, des changements importants avaient été imposés et cela avait généré beaucoup de stress, de freins et d’incompréhension chez les personnes concernées.
C’est mon métier depuis quelques années d’accompagner les personnes dans ce type de contexte, je puis dire que cela se passe plutôt bien en général, mais ce matin-là, dans le train qui allait me conduire à eux, j’avais juste envie d’annuler cette journée. Je me sentais soudainement démunie, comme incapable de pouvoir aider cette équipe. Tout ce que j’avais préparé me paraissait inadapté. Leur histoire d’impuissance m’avait en quelque sorte recrutée.
Le train allait démarrer. J’étais côté couloir et, en levant la tête, mon regard fut attiré par une vieille dame d’au moins 90 ans qui poussait devant elle une valise presque aussi grande qu’elle. Oubliant pour un temps la mission qui m’attendait, je suis allée tout naturellement l’aider. J’ai porté sa valise et je l’ai rangée. Puis, j’ai aidé la dame à trouver sa place. Une fois qu’elle était confortablement assise, alors que je m’apprêtais à retourner à ma place, elle m’a pris la main. Sans la lâcher et en levant les yeux vers moi, elle m’a demandé d’une voix calme et douce : « Quel est votre prénom ? » J’étais un peu gênée, d’autant que d’autres voyageurs attendaient derrière moi de pouvoir rejoindre leur place. J’ai répondu : « Je m’appelle Dina ». Alors, tout en me tenant encore la main et sans quitter mon regard, elle m’a dit : « Dina, je vous remercie ».
Tout cela a duré à peine une minute mais j’ai ressenti instantanément comme une chaleur dans tout mon corps et quand je me suis retrouvée à ma place, je n’étais plus tout à fait la même. Cette femme avait réussi à changer la météo de ma journée. Subitement, il faisait beau. Lorsque je me suis replongée dans la mission qui m’attendait, je me sentais de nouveau forte, capable d’y aller. Et ce que j’avais préparé, finalement, n’était pas si mal. Cette femme, sans le savoir, m’avait rendu espoir.
Parce que le regard bienveillant qu’elle venait de poser sur moi, le fait qu’elle me touche la main, qu’elle prononce mon prénom m’avaient fait me sentir éminemment exister. Elle n’avait pas dit merci à n’importe qui, elle avait dit merci à Dina. C’est puissant parfois d’entendre prononcer son prénom. Elle m’avait reconnectée à mon côté vivant et lumineux.
Je ne sais pas pour vous mais moi j’ai toujours eu cette sensation qu’à chaque fois que je me suis sentie mal ou en difficulté pour différentes raisons, il y a toujours eu un secours venu de l’extérieur au bon moment pour me sortir de cette mauvaise passe : l’appel d’un ami, une bonne nouvelle, un nouveau projet… On croit que la vie est bien faite mais en fait, c’est nous qui provoquons cela en déclenchant inconsciemment le plan Orsec. On se met en disponibilité d’accueillir d’urgence quelque chose qui va nous sortir de là. C’est humain. On a besoin d’aide et on devient particulièrement attentif du coup à tout ce qui pourrait nous faire du bien.
Ce qui m’aide à ne pas passer à côté de ces moments de beauté et de poésie, c’est d’être très attentive à mes émotions. Quand je suis touchée, émue, bouleversée, que je ressens de la chaleur dans mon corps, je prends un temps pour essayer d’entendre ce que je vois, ce que je ressens. Je note ces moments de beauté sur un petit carnet que j’ai toujours sur moi, j’ai donc un carnet rempli de ces moments précieux pour m’en souvenir et m’en nourrir si besoin.
Comme pour tout ce qui m’aide, je modélise ce type de démarche qui consiste à laisser venir le beau à nous pour en faire une méthode d’auto-accompagnement que je propose à mes clients pour rendre leur quotidien plus doux. Il n’est pas rare que je demande aux personnes que j’accompagne, empêtrées dans des histoires de problèmes, d’être attentives à ces moments où un rayon de soleil a décidé de s’inviter en plein hiver venant réchauffer leur corps et éclairer leur chemin d’un espoir nouveau.

Dina Scherrer
Coach narratif

Publié le : 1 novembre 2018 | 1 Commentaire | Partager/Mettre en favoris


1 Commentaire sur l'article “Le merveilleux jaillit toujours du quotidien”

  1. 1 Pierre aka Nuage a dit à 9 h 36 min le novembre 4th, 2018:

    Merci Dina pour cette contribution « magnifique » qui résonne beaucoup pour moi


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